TANTE CLAUDINE

I

 

Je devais avoir quatorze, quinze ans.

Pour des raisons dont je ne me souviens plus, mes parents m'avaient confié à ma tante pour la durée des vacances. Je crois me rappeler qu'à tour de rôle, ils s'échangeaient leurs enfants. Tantôt, mes parents s'occupaient de mon cousin, tantôt j'allais changer d'herbage chez Claudine, dont la nonchalance, les odeurs et les déshabillés me ravissaient. C'était une femme évanescente et mystérieuse dont le bienheureux mari, colonel d'infanterie, toujours par monts et par vaux, avait l'ingénieuse idée de la laisser seule.

Seule, et fréquemment visitée.

Des messieurs bien mis, aimables, me jetant quelques mots de bienvenue, s'attardaient souvent à baiser la main de la colonelle et, plus discrètement, à lui caresser les fesses, qu'elle avait rondes et charnues. Lors de ces visites, Claudine m'invitait à m'amuser dans le parc, grimper aux arbres ou batifoler dans la piscine, prétextant qu'ils avaient à parler de choses graves sur l'avenir de la France, son honneur, ses colonies et la promotion du colonel. Ces secrets d'État ne m'empêchaient nullement de me diriger ostensiblement vers la piscine, revenir en cachette dans ma chambre en enjambant la fenêtre, et là, l'oreille collée au mur, d'entendre les gémissements de Claudine, qui tant souffrait pour l'avenir de la France et la promotion du colonel. Dès que retentissait la note finale, sorte de meuglement rauque qui concluait leurs exploits, je m'empressais de me replonger dans l'onde pure en attendant le départ du soupirant.

Un soir, alors que nous mangions en tête à tête et que ma tante m'entretenait de l'importantissime Indochine et de la glorieuse Algérie, elle ajouta :

- Tiens, au fait, ton oncle rentre demain. Il est en permission pour trois jours.

- Ah ! fis-je, passionné par cette révélation.

- A ce propos, j'aimerais bien que tu ne lui parles pas de toutes ces visites que je reçois. Tu me comprends ?

La tête plongée dans mon assiette, je fis celui qui ne comprenait rien.

- Tu me comprends ? insista-t-elle.

- Tu ne veux pas qu'il sache qu'il est cocu ? lancé-je crânement. Tu me prends pour un idiot ?

Claudine me regarda gravement :

- Je ne te prends pas pour un idiot, Marc. Mais je te demande de garder ce petit secret pour toi. Tu ne veux pas que nous soyons complices ? ajouta-t-elle avec une oeillade charmeuse.

- Nous ne sommes pas complices. Je suis ton neveu et tu es ma tante, dis-je avec un rien de jalousie dans la voix.

- Ah, très bien, admit-elle avec un léger sourire. Et... que faudrait-il pour que nous soyons complices ?

- Que tu viennes me border dans mon lit et que tu me fasses un gros câlin.

Claudine respira plus fortement. Le chantage subtil qu'inférait cette complicité ne semblait pas la séduire outre mesure. Mais la crainte que son cher mari apprenne des choses, entre autre que le général de la Frayssière, l'avocat Duppert et le sénateur Senlis squattaient sa chambre, contint sa colère et dicta sa décision.

- Tu as raison, finit-elle par admettre, je ne m'occupe pas suffisamment de toi. Ce soir, je viendrai te faire un gros câlin.

 

*

 

Pendant toute la durée de ces vacances, j'occupais la chambre de mon cousin Charles. Indiscret par nature, je l'avais fouillée de fond en comble, finissant par découvrir, habilement dissimulé sous une latte du parquet, le trésor que je cherchais. En l'occurrence, trois vieux Paris-Hollywood, de perturbante mémoire, sur lesquels se masturbait mon cousin. A l'époque, l'éducation cruciale de la jeunesse se réduisait à la fréquentation des putes et à quelques rarissimes revues dont le sommet de l'érotisme culminait sur d'énormes poitrines et des sexes entièrement voilés. A cela s'ajoutaient les porte-jarretelles, les bas couturés (les collants n'existaient pas) et la vision fugitive d'un morceau de chair lorsque le Mistral était clément. En sorte que les déshabillés de Claudine, sa poitrine lourde et quelquefois, au sortir du bain, la fugace vision d'un sexe noir me troublaient au plus haut point. Je me masturbais trois fois par jour sur une aréole, un bout de chair blanche, le balancement de son cul large et cambré, sans parler du staccato de ses cris dont elle gratifiait mon oreille et ses amants. Une fois d'ailleurs, Claudine m'avait surpris dans les toilettes en train de me livrer à mon occupation favorite. Elle m'avait jeté un bref sourire, puis refermé la porte rapidement afin de ménager mon émoi. Depuis, je savais qu'elle n'était pas dupe de mon désir. Tantôt me demandant de lui attacher son soutien-gorge ("Au dernier cran, s'il te plaît"), de me montrer le haut de ses cuisses ("Tu peux me dire si mes bas sont droits ?"), de me faire humer ses aisselles ("Elles sont bien épilées ?") ou encore de lui passer de l'ambre solaire dans le dos, tous ces détails ravivaient et augmentaient mon désir. Il n'était pas rare non plus, lorsque nous regardions la télé en noir et blanc, qu'elle posât sa main sur ma cuisse ou me prît par les épaules, soupirant, croisant et décroisant ses jambes afin que je m'avise bien qu'elle était presque nue sous son peignoir. Mais le fin du fin de cette parade amoureuse consistait à me demander, comme un service, d'aller étendre son linge. Ô perverse, affriolante et délicieuse Claudine ! Toute la lyre des sous-vêtements féminins me prenait aux tripes. Bas, guêpières, porte-jarretelles, soutiens-gorge, culottes arachnéennes dans les camaïeux de mauve ou de grenat, c'était le trésor de Golconde. J'en revenais la tête bourdonnante et le slip gonflé. Même une pressante masturbation n'allégeait pas mon tourment.

Bref, j'étais amoureux fou de Claudine et Claudine s'amusait de cet amour.

 

*

 

J'entendis le claquement de ses mules avant même qu'elle n'entrouvre la porte. Ces transes, cette peur, cette attente merveilleuse, je ne les oublierai jamais. Quand elle apparut, je crus que j'allais m'évanouir de bonheur. Ma tante portait un déshabillé transparent rose fané, ourlé d'une mousse de dentelle, qui semblait palpiter autour de son corps. Fardée, parfumée comme pour aller au bal, jamais je ne l'avais trouvée aussi belle. Son sourire énigmatique couronnait des lèvres rouges qui me narguaient : elle était superbe d'insolence, de mystère et de beauté.

Sans un mot, elle s'approcha du lit, souleva le drap, s'aperçut que je bandais et se positionna à cheval sur moi. J'étais statufié par cette audace et la vision d'une poitrine somptueuse vers laquelle mes mains se tendirent spontanément.

- Tu ne me touches pas ! Tu mets tes mains derrière la tête et tu te contentes de me regarder.

Presque sans bouger, d'un habile mouvement du bassin, Claudine fit pénétrer mon sexe dans le sien.

- Ne bouge pas, reste calme, regarde mes seins.

Elle les soupesa, en caressa circulairement l'aréole, pinça les bouts, le corps entièrement immobile, les yeux mi-clos.

- Essaie de te retenir un peu. La première fois, ça vient très vite, mais ça compte tellement... C'est bon ?

Je n'eus pas le temps de lui répondre. La brûlure de mon ventre se concentra comme une boule de feu, mon corps se tendit et, sans un mot, je me répandis en elle.

Claudine ne bougea pas et sourit :

- Alors, nous sommes complices maintenant ?

- Oui, murmurai-je confus.

- Bien, dit-elle, tu as été très sage. Demain, ton oncle sera là. J'espère que tu ne me décevras pas ?

- Non, ma tante.

Elle se leva et se dirigea nonchalamment vers la porte :

- Ah, encore une chose : cesse de te caresser. A ton âge, c'est malsain. Tu me promets ?

- Oui, ma tante.

- Si tu as vraiment trop envie, tu n'as qu'à venir me le dire discrètement.

- Mais comment, ma tante ?

- Je ne sais pas moi... Tiens, tu vois le petit bouddha qui se trouve sur la cheminée du salon ?

- Oui.

- Lorsque tu sens que ça presse, tu n'auras qu'à le retourner face au mur. Je comprendrai. Ce sera notre petit secret...

Quand elle disparut, je constatais que mon lit était entièrement inondé. Je crus que, par mégarde, elle m'avait uriné dessus. J'étendis une serviette éponge pour me mettre au sec, changeai de pyjama et revécu en pensée chaque détail de cette mémorable soirée. Hélas, je ne tins pas ma promesse : il me fallut encore me masturber deux fois pour sombrer dans le sommeil.

 

*

 

Le lendemain, mon oncle revint, me salua prestement et se réfugia dans la chambre pour honorer son épouse. Au petit haussement de sourcils que Claudine me lança, lorsque nous fûmes à table, je compris que l'étreinte maritale participait davantage du devoir que de l'extase physique. J'appris, plus tard, qu'il baisait à la hussarde, montait à l'assaut comme un brave et s'écroulait quelques secondes plus tard. Ses trois jours de permission me parurent durer un siècle. Claudine, plus chastement vêtue que jamais, opinait au récit de ses exploits, parlait géopolitique, stratégie, armement, héroïsme et recrutement du contingent.

- C'est fichu, je te dis ! tempêtait le colonel. Les colonies, c'est fichu. Le Service de Renseignement traîne la patte. Même la gégène sent maintenant le roussi. Cette putain de démocratie gangrène tout. De Gaulle va tourner sa veste, c'est fatal. Ils finiront par l'avoir leur indépendance, ces connards !

- Oui, mon chéri, tu as raison. D'un autre côté, il faut les comprendre : ils sont chez eux.

Je quittais la table, passais devant le Bouddha sans lui jeter un regard et attendit patiemment que le guerrier reprenne du service. Ce soir-là, les Paris-Hollywood me parurent fades. J'imaginais mon oncle à la tête de ses troupes. Une balle en plein front le terrassait. J'accompagnais Claudine en grand deuil à ses funérailles nationales. Et le soir, le visage encore noyée de sanglots, elle s'en consolait en me chevauchant divinement jusqu'au matin.

 

- Ouf, j'ai cru qu'il ne repartirait jamais ! Viens, moi aussi j'en ai envie ! Tu t'es pas branlé, j'espère ?

- Non, mentis-je.

Nous montâmes dans sa chambre et elle me déshabilla prestement.

- Tu sais qu'elle est grosse pour ton âge ? me dit-elle en soupesant mes bourses d'une main de fée. Allonge-toi sur le lit, j'ai envie de te sucer. C'est la première fois qu'on te suce ?

- Oui, ma tante.

- Alors, on va faire en sorte que tu t'en souviennes... Ce que je vais te faire, je ne l'ai jamais fait à personne. Je l'ai lu dans un roman. Ça s'appelle "La royale". Mon mari m'a dit un jour qu'une pute lui avait, paraît-il, donné ce plaisir. Mais comme je ne suis pas une pute...

Elle ouvrit une petit boite qui contenait un onguent, s'en enduisit les mains et commença à me masser les testicules et l'anus, mais sans toucher le pénis. Puis, elle posa sa joue sur mon ventre et je sentis le fourreau tiède de sa bouche qui m'enveloppait complètement le sexe. C'était divin et je dus me retenir pour ne pas exploser immédiatement. Je ne voyais d'elle que la masse noire des cheveux, ses épaules rondes, son dos longiligne et nacré. Puis, je sentis sa main s'insinuer davantage entre mes fesses et son doigt me pénétrer. Je n'imaginais pas encore qu'on put aussi jouir de ce côté. Cette sensation nouvelle me fit presque tressaillir. Alors, Claudine releva la tête, se tourna vers moi et me dit :

- Maintenant, tu vas tout me donner...

Je devinais qu'elle me mettait deux doigts dans l'anus, car la sensation devint plus forte; puis elle me pressa les testicules et accéléra le mouvement de sa bouche.

Je hurlais.

Tout mon corps se cambra, mais elle me maintint dans sa bouche jusqu'à ce que je sois complètement vidé.

Quand elle se releva, elle souriait :

- Alors, c'est pas meilleur qu'une branlette, ça ? me dit-elle en s'esquivant.

Je restais seul, anéanti de plaisir. C'était ma première fellation. Par habitude, je cherchais les traces de mon sperme pour les essuyer. Il n'y avait rien. Je compris beaucoup plus tard qu'elle avait tout avalé.

 

Durant les jours qui suivirent, je dus subir le calvaire des visites. Ces messieurs venaient, à tour de rôle, poser leur tourment sur le giron de ma tante. Mais cette fois, je restais à l'abri dans la piscine jusqu'à ce que Claudine vienne me chercher.

Pour me récompenser de ma patience et de mon silence, en moins de trois mois, ma tante fit de moi presque un homme.

Lorsque le lycée reprit ses droits, curieusement je me mis à travailler. Ma mère me houspillait avec des comparaisons futiles, du genre : "Regarde ton cousin, il est toujours le premier lui !"

- Oui, mais lui, sa mère est une femme cultivée.

- Claudine, cultivée ? Laisse-moi rire ! La soeur de ton père est une pute. D'ailleurs, s'il ne tenait qu'à moi, tu n'y aurais jamais mis les pieds !

- Claudine, une pute ?

- Oui, enfin, ce qu'on appelait autrefois une courtisane. Un machin de luxe quoi ! Par quel miracle crois-tu que son imbécile de mari vient de passer général ?

 

*

TANTE CLAUDINE (SUITE)

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