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CONTES DE FÉE


Tous les contes de fée, sans exception, pourrissent l’enfance.
Non pas que le merveilleux soit méprisable - les surréalistes l’ont suffisamment loué ! - mais la magie de l’Amour, dont au premier chef les histoires de princesses qui défaillent devant des princes charmants, entretient jusque chez l’adolescent et l’adulte cette fragilité des synapses qui fait de son cerveau un fromage mou. Je le sais : il m’a fallu attendre quarante ans pour que le mien prenne une consistance normale, qu’il ne confonde plus le charme délétère de la fleur bleue et la réalité musquée d’un triangle; qu’enfin - d’épuisante mémoire - le discours amoureux cesse de me nourrir de cette confiture sirupeuse dont le coeur recueille encore les caries.
Tout un univers de la déception amoureuse (Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants) qu’il eut été facile d’endiguer, en précisant que la plupart des princes sont volages, prétentieux, portés sur la domesticité comme un faune sur un troupeau de nymphettes, égoïstes en diable, très souvent incultes, parfois brutaux, en somme pourris jusqu’à l’os, cet os dont ils se font une gloire de le fourrer dans le gosier des pauvresses et que Cendrillon se taise enfin ! En clair, que le seul charme du Prince, c’est d’avoir beaucoup de fric, un sourire cheese, le regard bleuté des mers du sud et la connerie en bandoulière !
Idem, bien sûr, en ce qui concerne les princesses. Le faux mystère allié à la délicate niaiserie, une conversation plate comme un marbre, d’immenses prétentions masquées par un sourire modeste, mais la taille et le cul idoines, et le bonnet bien rempli !
En aurait-on évité des divorces et des couples séparés en jetant sainte Nunuche dans les bras du Prince Porc ! Une surréalité dont on aurait pu, par la suite, atténuer les excès avec une éducation appropriée. Du genre : “Presque tous les hommes sont médiocres, trop de femmes sont stupides, mais tu devras faire avec !” Au lieu de quoi, on leur assaisonne les neurones avec Barbie Princesse et Musclor, Steve et Cynthia, la Belle et la Bête (comme si la beauté était jamais venue à bout de l’horreur !) avec, quand même, un bon point pour Blanche-Neige qui se tape symboliquement les sept nabots.
Pour n’être jamais totalement sorti de mes rêves, avoir aimé jusqu’à la déraison, cette condamnation de l’idylle mirifique me coûte beaucoup. Fleur bleue, moi ? Jamais. Mais j’ai traqué l'edelweiss, j’ai cru au pouvoir de certaines orchidées, le cattleya de Proust m’a grisé. Non seulement je ne suis jamais sorti totalement de mes contes, mais j’en ai écrit.
A ma décharge, la lecture en est proscrite aux enfants.