fidélite


Fidélité


La fidélité n’existe pas : elle a été inventée par des eunuques qui regardaient trop le Ciel.
Ensuite, des femmes frileuses y ont apporté leur grain de sel. Prétextant que de manger toujours la même tambouille réchauffe mieux nos entrailles que de changer chaque jour de restaurant, elles ont transformé la nourriture en bouillotte et nos charentaises en brodequins.
Des naïfs ont cru tout ce joli monde : la dive fidélité venait de naître.
Mais c’est dans la littérature, toujours bonne fille, qu’elle a pris de l’embonpoint. Les déchirements, la jalousie, le pompon du cocuage : Racine et Shakespeare s’en donnèrent à coeur joie.
De fait, la fidélité entretient d’excellents rapports avec l’impuissance, le désert, la peur et les théories souriantes de notre bon abbé Pierre. Autant dire que Robinson Crusoë s’y conforme sans effort, que le navigateur solitaire la respecte, que les âmes chétives en louent les bienfaits; et que, septuagénaire depuis peu, je m’étonne d’en découvrir l’immonde alibi.
André Gide, dans un grand élan de fièvre naturaliste, savourait que la transplantation des végétaux devînt nécessaire à leur splendeur. En clair, qu’il faut nous changer de pot pour que nous puissions fleurir. Sans aller jusqu’à l’exhortation triviale d’un Henry Miller (Mesdames, changez de sperme !), la déambulation amoureuse peut s’entendre comme un enrichissement de notre esprit et une agréable humidification de nos muqueuses.
Nous soumettrions-nous, par exemple, au ridicule besoin de rester fidèle au Camembert, à Contrex, à la France ou à la lecture insipide de Marguerite Duras ? Il en va de même pour notre misérable nature, qui ne trouve rien d’aussi divin que de changer régulièrement de râteliers. Eu égard aux herbes délectables que nous offrent nos prairies, pourquoi nous priver ? Du fourrage pour fourrer : voilà la bonne formule !
N’attendons pas le cercueil pour y meugler nos regrets.