foudre


Coup de foudre


D’aucuns le contestent : l’émotion n’est pas leur fort.
Ni les affinités zodiacales, ni les délires météorologiques n’infèrent sur la rencontre idéale qu’ils feront de l’être aimé. Le tumulte glandulaire - coeur qui bat, genoux qui tremblent, vulve qui frémit, gland qui gonfle - ils en laissent à la littérature la boursouflure des mots, l’erreur gratuite, la vanité du talent. Ronsard, Racine, Stendhal, Flaubert? Des excités de l’amour qui confondent parité des caractères, goûts communs, harmonie esthétisante et passion du tremblement. Si les nerveux sont toujours le sel de la terre, les amoureux ordinaires obéissent aux lois de la nature et du mariage : ils s’accouplent en toute connaissance de cause, font plusieurs enfants dans la foulée et divorcent rarement. Les soubresauts d’une Phèdre, l’excitation d’un Sorel ou l’extase trémulante du jeune Frédéric Moreau les laissent de marbre. Entre le mariage de raison et l’amour fou, ils ont établi un pont de marbre d’où les risques sont absents.
Du moins le croient-ils.
Dans coup de foudre, il y a coup. Même si la foudre ne préside pas toujours aux agapes brasillantes de l’amour, les bons coups sont toujours de saison. On les tire, on les reçoit, on les donne - et le monde est ainsi fait que la réplétion du coeur et la vidange du corps s’excluent l’un l’autre en d’imprévisibles joies. Ah, vous préfériez la foudre, le feu du ciel, la flamme inaliénable et sacrée ? Peine perdue. Les étincelles sont rares. Éros ne vise que les coeurs irradiés, l’éclair cherche la poudrière. Votre cas est sans appel : vous avez manqué de chance, de lumière et d’explosif.