J’aime les mensonges
: ils adoucissent la vie.
Baudelaire disait plus aimablement : “C’est par le malentendu
que tout le monde s’accorde”. Imaginons un seul instant que
j’avoue avoir violé Jeanne d’Arc et assassiné Marat
: serais-je ici, en train de vous peaufiner un joli texte sur les prestiges
de la dissimulation ? A la troisième taloche qu’il reçoit,
l’enfant sait déjà d’instinct que la vérité n’est
pas payante. Et tous les avocats vous le diront : “N’avouez
jamais”. C’est ainsi que j’ai passé une adolescence
merveilleuse en “taillant” l’école un jour sur
trois, sans jamais dire à ma mère que le rêve de
la rue l’emportait sur la trivialité des études.
Je ne le regrette pas.
Qu’est-ce qu’un écrivain ? La menterie incarnée affirme
Montherlant. Et pas seulement un écrivain : tous les artistes.
Comment pourrait-on louanger les uns au nom de l’art et incriminer
les autres au nom de la vie, plus précieuse encore que l‘art
? Plus précieuse, mais moins lisse. Les mensonges, c’est
le papier verre de la vie, son encaustique, sa lustrine, son vernis.
Nous mentons pour poncer toutes les aspérités de l’existence.
Les photographes retouchent bien les photos des stars pour les rendre
plus seyantes ! Le fard est illusion, tricherie mirage, bienheureux artifice
et parfaite tromperie. Oublions les dessous chics, les fausses
blondes, la magie des escarpins, les miracles de la chirurgie esthétique
- et tout est au mieux dans un meilleur des mondes où les artifices
sont légion et notre érection puissante. Laissons la vérité aux
experts, aux juges, aux flics et à Dieu le Père, dont la
naissance du fils relève déjà de l’enchantement.
Et baignons les yeux ouverts dans le mystère du faux, du factice
et du fictif : le bonheur est à ce prix.
Mais prudence ! L’essentiel demeure : le mensonge doit frôler
la perfection. Un visage honnête, une voix calme, un regard serein
vous autoriseront seul à dire posément à votre ami
que vous ne couchez pas avec sa femme. Qu’il vous croie - et vous
aurez triplement sauvé un bel adultère, une âme torturée
par les moxas de la tromperie et l’honneur intangible d’une
femme dont les cuisses sont superbes et attendrissant le coup de reins.
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