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Les insulteurs et les écrivants


Il y a, au hasard des lettres que nous recevons, les insulteurs et les écrivants.
Ils ont en commun le goût du harcèlement épistolier.
Les premiers soulagent leur belle âme dans le bourbier des insultes, nous donnant ainsi cette importance dont nous priverait un silence hargneux. Selon le degré de pâmoison dans lequel nous plongent ces insultes délicates, nous nous abstenons de leur répondre. Mais il peut arriver, eu égard à notre mauvaise éducation, que nous leur répondions une lettre exquise, ne fut-ce que pour les mettre au bord de l’apoplexie. Par prudence, afin de prévenir l’annonce disgracieuse d’une éventuelle mort, nous leur annonçons que leur droit de réponse est épuisé. Répondront-ils ? Le cimetière des spams leur est ouvert, où désormais leurs borborygmes se noieront entre la publicité pour le viagra et la compagnie seyante des films pornos.
Pour les écrivants, la chose est nettement plus subtile. Éperdus d’admiration pour notre immense talent, ils veulent à tout prix que je m’extasie devant le leur. Aussi harcèlent-ils ma boîte aux lettres de leurs oeuvres, sur lesquelles il m’arrive parfois de jeter un cil. Hélas, de réponse, point ! Et ce silence bétonné, derrière lequel je m’alanguis d’aise, finit par provoquer cette métamorphose inattendue : les écrivants deviennent à leur tour des insulteurs.
Mais, dans les deux cas, hélas ! il leur aura manqué la bonne formule, la recette incomparable, l’infaillible mode d’emploi pour être assurés d’une réponse.
Évoquer ma modestie, lustrer mon orgueil dans le sens du poil, m’écrire qu’on m’a lu dans une béatitude opiniâtre, un enthousiasme profond, une surexcitation inoubliable. Des choses simples, élémentaires, évidentes !
Et peut-être, dans ce cas, leur répondrai-je...