Il faut se méfier de l'os qui dort
Encore jeune déjà, Lucie prônait l’adage :
Les vieux sont toujours les plus sages.Son oncle Philibert, un septuagénaire,
(Cheveux blanc, front large, nez grec)
Passionné par les Échecs,
Lui apprenait les grands mystères
Du roi des jeu, dont on dit que Voltaire
Et Jean-Jacques le pratiquaient.
Ensuite, elle l’accompagnait
Pour une longue promenade
Dans les sous-bois de châtaigniers
Ou, s’amusant de leur innocente escapade,
Ils se confiaient leurs secrets.
- Ma mère ne veut pas que je sois amoureuse,
Et moins encore du fils du jardinier.
Comme si un simple ouvrier
Ne pouvait pas me rendre heureuse !
- Et sait-il ce garçon que tu rêves de lui ?
- Nous nous regardons bien dans les yeux sans rien dire.
Je le sens hélas qui soupire,
Croyant parfois que je le fuis.
Oh, je voudrais tant qu’il comprenne
Que je suis prête à lui céder !
- Tu pourrais commencer par un premier baiser,
Dit l’oncle Philibert, qui connaît la rengaine.
Ensuite, doucement, sans enlever tes gants,
Tu lui caresses un peu le gland.
- Le gland ? Parleriez-vous, mon oncle, de la graine
Qui orne au printemps les grands chênes
Dont les sangliers sont friands ?
Vous riez de mon ignorance !
Mais que saviez-vous de la danse,
Des jeux de l’amour et du coeur
Quand vous étiez enfant de choeur ?
- Allez, donne-moi ta menotte,
Je vais te parler de la motte
Et de ses rapports éloquents
Avec le gland.
Voici d’abord un gland dans toute sa splendeur.
Regarde-le : il est toujours en pleine forme.
Le dessous de la verge forme,
Tu peux le constater, une bourse garnie,
Qui gonfle lentement au gré de son envie.
Au repos,
Semblable à un gros escargot,
Le gland se ratatine en signe de paresse.
Mais dès qu’il sent un abricot,
Tel un petit serpent notre objet se redresse
Comme s’il espérait obtenir un baiser.
- Mais on ne parle pas de cela dans les livres !
- Pure question de savoir-vivre :
Tout ce qui est bon doit se cacher.
- Ainsi donc, si j’en crois, l’oncle, votre leçon,
Ce petit objet serait bon ?
- Goûteux, gouleyant et sapide,
C’est du moins ce qu’en dit le Brillat-Savarin
(Plusieurs étoiles dans son guide)
Donné pour le mets le plus fin !
Goûte, tu verra bien ! Ce n’est pas à ton âge
Qu’on dédaigne l’apport d’un tel apprentissage.
Et puis, crois-moi, ton jardinier sera content
De pouvoir profiter de ta science du gland.
Lucie hésite un peu pour lui faire la bise
Et puis, foin de la gourmandise !
Elle empoigne l’éclair dans sa petite main,
S’assure qu’il est chaud, doux comme du satin,
Se penche, le respire et jusqu’aux amygdales,
Cède au supplice de Tantale.- Vous ne m’aviez rien dit, mon oncle, de la crème ?
S’étonne la jeune Lucie.
Votre éclair en était rempli !
- C’est d’ordinaire ce qu’on aime
Dans les bonnes pâtisseries.
Il est vrai que la mienne épaissit avec l’âge.
Mais l’essentiel est bien que vous ayez compris
Et le maniement et l’usage
Que l’on doit faire du poinçon.
C’était, comprenez bien, le but de la leçon.
Demain, si vous jugez que ce n’est pas trop tôt,
Nous étudierons l’abricot.
Doit-on lui faire mille grâces ?
Faut-il le présenter avec un doux souris ?
L’offrir en feignant la disgrâce
Du gland qui vient pour l’entrouvrir ?
Doit-il donner sa grosse flaque
En odorant l’iode marin ?
Se faire encourager par quelques bonnes claques
Sur les joues de son gros cousin ?
L’hymen qui ferme le bocal
Plaidera-t-il pour sa défense
Qu’il existe un parcours anal
Sans sérieuse résistance ?
Bref, autant de questions
Qui, dans la seconde leçon,
Parlent également du cul et de la baise.
- Qu’il me tarde déjà d’être à la leçon treize !
S’écrie l’enfançonne ravie.`
- Sois patiente, chère Lucie.
Songe qu’après la théorie,
Toute une pratique s’impose.
Demain, nous verrons si ta rose
A point perdu ceste vesprée
Et si je t’ai bien enculée.Pour la leçon treize, patience !
C’est la leçon des perversions,
Le fin du fin de notre science
De la figuette et du croupion.
Inceste, gouinerie, scato
Passons sur la pédophilie,
(Des histoires de vieux débris
Qui pervertissent les jeunots).
Ce n’est d’ailleurs pas mon propos,
Mais n’en parle pas à ta mère,
Elle en ferait toute une affaire
Qui me mènerait au cachot.