La nuit, toutes les chattes sont grises
Il ne faut pas aimer les chats
Pour décréter interchangeables
Leurs miaulements, leurs poils, leurs museaux, leurs câlins.
Dans le domaine du divin,
Les chattes sont inimitables
Croyez-moi, foi de libertin !
Figue, moule, baba, mangue, mouquère, chatte,
L’arc-en-ciel des couleurs voile bien des secrets
La princesse que vous aimâtes
Porte dans sa culotte une autre volupté.Un prince qui n’avait jamais connu l’amour,
S’envoyait - gymnastique oblige,
Toutes les femmes de la cour.
Affriandées par cette tige
Royale, aux odeurs de jasmin,
Souhaitant qu’on demandât leur main,
(Que refuse-t-on à un prince ?)
Brunes, blondes, châtains, raides, bouclées, crépues,
La plupart la taille fort mince
Posée sur de fragiles culs,
Quelques-unes pétant de bonheur dans leur graisse,
Le cheveu poivre et sel, l’oeil rond, tout dans la fesse,
Marquises, Cendrillons, lingères, vieux croûtons,
Toutes, toutes sans exception,
Offraient le meilleur d’elles-mêmes
Pour une sucette à la crème.
Toutes pourtant étaient déçues.
Le Prince n’adorant que l’odeur du cresson,
Jamais ne leur montant dessus,
Préférant de très loin dévorer leur salade
Comme un malade.
“ Je suis, s’excusait-il, de nature olfactive.
J’adore vous brouter l’endive,
Humer, lécher, sucer, mordiller le buisson,
A la rigueur pousser jusqu’au melon,
Dont la seule odeur me transporte,
Mais je ne franchirai la porte
De ces intimités que le moment venu,
Quand l’amour troublera ma vue.
Jusque là, mon libertinage
Se limite à gamahucher,
Dans les remugles de votre âge,
Les grottes de la volupté.”
- Mais dans ce cas, lui dit une jeune marquise,
Si vous n’aimez que le fumet,
Dans les ailes de votre nez
Toutes nos chattes seront grises ?
Comment jamais nous distinguer ?
La couleur y suffirait-elle ?
- Tout est dans le parfum, lui répondit le Prince.
Roxane odore l’asphodèle,
Yasmine est la source où l’on rince
Ses lèvres dans l’eau de la nuit.
J’en connais qui miment les fruits
Au point que toujours je m’étonne
Du jus de fontaine qui sonne
Comme une pluie d’or et de vie.
D’aucunes sentent le pipi.
Et certaines me font envie
Seulement d’avoir transpiré.
Quant à vous, ma chère marquise,
Moins à l’aise sur le bidet,
Vous m’apportez de la marée
Le bouquet d’une moule exquise.
Ainsi donc, pour ma part, je bande par le nez.
Du moins jusqu’à ce que je trouve
Un coquillage qui s’entrouvre
Sur une autre divinité.A quelque temps de là, au retour d’une chasse,
Sur son immense lit, le Prince se délasse.
- Votre Altesse voudrait prendre son bourdaloue ?
Demande un jeune page avec le rose aux joues.
- Volontiers, je n’ai pas pissé
De toute cette chevauchée.
Mais j’aimerais d’abord un petit intermède.
Ta bouche me paraît un excellent remède.
Voudrais-tu me la préparer ?
Et puis, par curiosité,
Montre-moi ton joli paquet...
Le page obéissant sort sa profiterole,
Recroquevillée, toute molle,
Et la présente au Prince, encore plus rougissant
Qu’un splendide soleil couchant.
Le Prince soupèse, évalue,
Malaxe, décalotte, hume, suce, pressure,
Trouve à son goût la confiture,
Insiste, en redemande, opère côté cul,
É carte, hume à nouveau, trouve l’idée plaisante
Et, sans égard pour la pastille complaisante,
S’emboîte puissamment malgré les cris d’orfraie
Que pousse le page enculé.
“ Diantre, me serais-je trompé?
Se demande le Prince au sommet de l’ivresse.
M’aurait-on rassuré par de fausses promesses ?
Ce beau bijou m’offre un plaisir
Que rien ne saurait démentir.
Alternons les chats et les chattes !
D’autant qu’il fait grossir ma patte,
S’époumone à ravir de la sentir passer,
Et pour l’odeur, mon Dieu, un chat vaut une chatte !
Pourvu que la bête s’ébatte
Et crie sous le sceptre princier
Mille affreuses gracieusetés.