Pine d'amour n'est pas mortelle
Une très jeune fille au minois souriant,
Des seins comme des clémentines
Des jambes de roseaux qui chantaient le printemps
A peine quelques poils ombrant sa mandoline,
S’allait par les bois de Colombe,
Chantant une comptine aux notes de cristal
Fleurir de grand Mamie la tombe
(Dont quelques méchants bruits disaient qu’elle était morte
D’avoir trop abusé du pal.)
Un vieux monsieur, l’air avenant, la mine accorte
L’aborde en lui disant : “Le cimetière est loin.
J’ai bien connu votre grand mère,
Une femme de grand besoin.
Savez-vous qu’elle aimait la flûte traversière,
Le flageolet ou le pipeau ?
Ah, quelle musicienne aux lèvres de cristal !
Quelle aspiration ! Quel goulot !
Quelle cantatrice du pal !
- Vous la connaissiez bien ? demande l’enfançonne,
Ravie de rencontrer un grand admirateur.
- J’étais son professeur de chant et de trombone.
Elle avait quoi ? Ton âge, ta verdeur,
Une jeune ambition quasi insatiable,
Prête, dès ses débuts, à passer sous la table
Pour vous chanter un air de sa composition.
Ah, j’en conserve encore la fugace émotion !
Que de talent dans ces quenottes !
Pas le moindre dégoût, la moindre fausse note !
Montant et descendant la gamme avec ardeur
Enfin, sachant cueillir la fleur,
Le nectar du succès, la joie de la victoire,
Qui couronne tous les espoirs !
Mais toi, ma chère enfant, qu’en est-il de ta voix ?
As-tu jamais chanté d’adorables comptines,
Balbutié des sonatines,
Soufflé dans un pipeau musqué par la chaleur ?
- Les pâtres ont quelquefois d’agréables odeurs
Qui rendent le chant plus facile -
- Hélas non, professeur, j’ai la glotte fragile,
Le poumon trop menu, l’oreille maladroite,
Je chante pire qu’un canard.
Mais j’ai la paluche fort moite,
Je branlotte à ravir la verge des vieillards,
Je suce quelquefois par acquis de conscience,
En bref, j’ai ma petite science
Dans l’art de soulager les burnes engorgées,
Seulement pour de gros billets.
Quant à ceux, comme vous, qui se trompent de cibles
Ceux qui se croient irrésistibles,
En me racontant des bobards,
(Style professeur grand connard)
Mon plus grand frère veille au grain
Pour lui botter le popotin.
Quant à ma tante cantatrice,
Ne vous fatiguez pas pour m’en faire une star.
Elle était pute au Zanzibar,
Assez médiocre fellatrice,
Suceuse d’occasion, pas de chute de rein,
Qu’elle ait fini sur le crottin
M’oblige aujourd’hui à reprendre
Ce métier qu’elle a galvaudé,
Mais ne vous fiez pas à mon bel âge tendre
Et quels que soient vos préjugés
Pine d’amour n’est pas mortelle
Pour autant que votre rondelle
Vaille de l’or pour la payer.