quiaimebien


Qui aime bien pine bien

  

 

 

 

Une chaisière se plaignait
(Depuis qu’elle était mariée)
Dix fois par jour dans le derrière,
De recevoir l’hommage - ainsi l’appelait-il -
De son mari le gros pistil.
Ce n’était que secousses, ahanements, promesses
De lui en mettre plein les fesses,
Lui remplir le gosier d’un énorme serpent
Dont le venin entre ses dents
Glougloutait pis qu’une fontaine,
De l’enculer comme une reine
En lui promettant le Pérou,
Bref, de n’épargner aucun trou
Qu’il pût colmater sans répit,
Matin et soir, le jour, la nuit,
Tantôt sur le divan qui grinçait en cadence,
Sur la table, sur la crédence,
Au bain, dans l’écurie, dans le foin d’une grange,
Quelquefois même dans la fange,
Comme s’il importait, de la cave au grenier,
A chaque instant lui prouver
Que ce grand amour impossible
Avait élu son cul pour cible.
Se faire détartrer les tuyaux, pourquoi pas ?
A la rigueur le samedi ou le dimanche...
Parler d’amour au bout d’un manche,
Voire lui servir sur un plat
Cet excès de purée d’une burne trop pleine
Comme le font les rois dans la motte des reines,
Notre chaisière eût bien compris
Qu’il y allait d’un grand amour inassouvi !
Mais se faire casser la figue à tout moment,
N’avoir plus un instant pour vaquer à son aise !
Ouvrir grand son caquet pour recevoir la fraise
D’un dentiste surexcité !
Marcher les jambes en cerceau
Faute d’en avoir pris tous les jours dans le pot,
C’était plus que l’amour dans sa grande bonté
N’offre à la femme mariée.

Aussitôt à confesse, elle s’en ouvre au prêtre.
- Mon père, lui dit-elle, en choisissant ses mots,
Je souffre d’un amour qui se décharge trop.
Est-il normal de se la faire mettre
Dans chacun de ses trous à chaque heure du jour ?
D’être un vase, une vasque, un entonnoir, un bol
Où Monsieur chaque nuit dépose son obole ?
De m’appeler sa fleur, sa perle, son trésor
Pour vouloir transformer en gruyère mon corps ?
Ne pourrais-je à l‘instar de toutes mes compagnes
Ceindre ma vertu dans un pagne
Pour offrir à ce bouc lubrique un peu de joie,
Par exemple une fois par mois ?

- Mon enfant, lui dit-il, nos lois sont ainsi faites
Qu’elles privilégient la bête.
Si chaque jour suffit sa pine,
Certaines âmes, j’imagine,
Rêvent de s’incarner dans chacun de vos trous.
Dieu vous en a fait trois pour qu’il vous soit plus doux,
Dans sa prévoyante bonté
D’aimer la sainte Trinité.
Donnez lui le matin vos lèvres purpurines,
Réservez lui le jour l’odorant coquillage,
La nuit, dans le trou noir, enfouissez sa pine,
C’est le seul moyen d’être sage
Et de gagner le paradis
Tout en conservant son mari.


Léon Bauprac