BAC, FAC, CLAQUE

Paul Valéry affirmait que le bac ne sert à rien.
Parrainant une école de cinéma, Marie-Christine Barrault confessait, tout récemment, que l'obtention des diplômes consiste à rassurer les parents. La célébrité, on le voit, permet d'envoyer aux orties nos références scolaires : il suffit d'arborer le bicorne académique ou de promotionner Slim Fast pour réussir dans la vie. Que d'ailleurs le général Bigeard, Georges Marchais, Alain Delon et Sheila n'aient jamais décroché le bac, prouve, a fortiori, toute l'immensité de leur talent. Si l'on extrayait, du monde narcissique du show-biz, la cohorte des handicapés scolaires, il se ferait un silence digne des dieux. Mais les dieux, dans leur clémence, ont parrainé leur berceau : à l'un donnant des cordes vocales, à l'autre un minois séduisant, à l'autre enfin une pluie de dons. Évoquant sa propre voix, notre séduisante marraine de la minceur parlait modestement d'un Stradivarius. On comprend que le salaire d'un bachelier n'offre pas le luxe d'un tel achat.
Sans doute, semblable discours cache-t-il d'éminentes vérités. Ne mésestimons ni les relations, ni le nom qu'on porte, ni la chance de se trouver le jour J à l'heure H. Ne rions ni du talent, ni de l'entêtement à l'imposer, ni des rebuffades et des couleuvres qu'il leur faudra digérer pour se faire un nom ou un prénom. Au prix de la véritable réussite, l'obtention du bac devient de la roupie de sansonnet ! Mais se gargariser d'être célèbre, brandir la banderole humiliante du fonctionnariat devant trente étudiants, n'est-ce pas un peu confondre sa gidouille avec les contreforts du mont Olympe ? Poser en principe qu'on est exceptionnel parce qu'on est connu, il y là de quoi faire sourire des générations de bacheliers. Brigitte Bardot aurait-elle pu concourir pour l'agrégation ? Clouzot doit le savoir, qui lui donnait des claques pour en obtenir La Vérité ! Entre un Luchini qui se gargarise de culture et un Julio Iglesias qui poétise le néant, il y a ce diplôme ridicule qui permet à des millions de Français de se croire intelligents. Les médiocres ont aussi leur passeport. Oh, il ne vaut pas bézef ! Il ne mérite pas le moindre roulement de tambour, la moindre salve d'applaudissements sans lesquels nos grands artistes ne seraient jamais que ce qu'ils sont. Mais enfin, bon an mal an, il permet à une élite de ne pas confondre Roland Barthes avec Mireille Mathieu, Apollinaire avec Claude François, enfin - j'espère - Vladimir Jankélévitch avec Eric Cantona.
Certes, nul ne l'ignore complètement, les diplômes mènent à tout à condition d'en sortir. Joe Dassin était féru de sociologie, Antoine se prévaut d'un titre d'ingénieur et Michel Leeb a bricolé dans la philosophie. Ça et là, au détour d'une confidence invérifiable, nous apprenons que pour chanter Tagada voilà les Dalton ou On l'appelle Canelle, une licence en baliverne ou une maîtrise ès niaiserie devient un impératif catégorique. Nous supposions que le baccalauréat stipule un dégré minimun d'intelligence : rien ne garantit qu'il soit un antidote efficace contre la médiocrité congénitale. Bref, prudence avec les Stradivarius : les spécialistes soutiennent que la prestigieuse signature n'est pas forcément le gage d'un son parfait.

Dessin de René Bouschet


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