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LES LETTRES PERÇANTES

par La Marquise de Jade

Lettres 1 à 6  

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        1

Noël Landorf

à

Christelle Tiare

 

Très chère Christelle,

Votre histoire de carie m'a énormément amusé. Quels progrès pour une jeune femme qui, il y a seulement moins d'un mois (votre première lettre date du 29 septembre) m'écrivait pour louanger mes romans ! J'ai toujours pensé que, si la plupart des hommes n'obtiennent rien des femmes - ou si peu - c'est parce qu'ils n'osent pas le leur demander. Oh, je sais bien que toutes vos consoeurs n'oeuvrent pas dans la perversité, mais combien le deviendraient aisément si l'on y mettait la forme ! Deux doigts de promesses, un gros chèque, quelque beau voyage au bout du monde (en guise de sucre d'orge) et pour peu que le Monsieur s'appelle Léon Bauprac, on se presserait pour s'avilir. J'entends un avilissement concerté, flatteur, honnête quoi !

Permettez-moi, à mon tour, de vous raconter une anecdote : elle illustre mon propos.

Il y a de cela quelques mois, une jeune étudiante avait sonné à ma porte. Presque jolie, mal fringuée, mal coiffée, intimidée par ma réputation d'homme de lettres : tout de suite son air de pauvresse m'avait plu. Oui, j'avais trouvé sa misère attendrissante; je l'avais reçue dans cet appartement fastueux que j'occupe dans le 16ème, surchargé de sculptures, de tableaux, d'objets rares : elle fascinée par le baroquisme du décor, moi déjà tout excité par sa présence et ce que j'en augurais. Nous parlâmes théâtre (elle préparait un mémoire sur mes pièces religieuses), mais très vite la conversation s'orienta sur ses études et ses conditions d'existence depuis qu'elle vivait à Paris. On n'aurait pu rêver d'une mouise plus parfaite. Je la soupçonnais même de ne pas manger à sa faim et de redouter les froidures de l'hiver. Comme nous étions en décembre, il me semblait d'ailleurs qu'elle tremblait légèrement. Elle n'avait pas de gants.

Après un second whisky, son visages s'anima : elle avait de grands yeux verts, des sourcils rectilignes, des joues creuses, une bouche assez large pour faire fantasmer un homme de bien. Simplement pour le plaisir de voir ses dents, je la fis sourire en lui racontant quelques-unes de ces anecdotes dont les coulisses d'une vie d'artiste sont remplies. Puis, je l'invitais à dîner. Mon domestique nous servit dans le petit salon et elle se jeta sur la côte de boeuf comme si elle n'avait pas dîné depuis huit jours. Enfin, elle lampa un dessert aux prunes, tête basse, comme s'il s'agissait d'un méfait. Entre temps, réchauffée par les boissons et le feu de l'âtre, elle avait quitté son vieux manteau, m'offrant ainsi le spectacle d'une poitrine splendide : ronde, bombée, d'autant plus volumineuse qu'elle avait le torse étroit. Elle s'appelait Lucie.

Évidemment, selon ma bonne habitude, je n'avais eu ni un mot, ni un geste, ni un regard déplacé. De sorte qu'à la fin du repas, une confiance mutuelle s'était établie, une convivialité amicale qui tenait à nos âges respectifs : Lucie, vingt ans; moi cinquante.

- Vous en avez de la chance de vivre ici ! soupira-t-elle.

- C'est une chance dont vous pourriez profiter...

Ma réponse brutale la surprit. Ses grands yeux s'amincirent. Sa bouche esquissa un sourire méprisant :

- Vous voulez dire en couchant avec vous ?

Un désir machiavélique venait de germer dans mon esprit et j'espérait bien le satisfaire pleinement :

- Pas du tout ! repris-je avec l'air le plus convaincu du monde. Je suis très flatté que vous envisagiez d'écrire un mémoire sur mon théâtre et mon secrétaire vous donnera toute la documentation dont vous aurez besoin pour votre travail. Quant à coucher, comme vous l'évoquez si élégamment, je n'ai pas eu cet honneur depuis que ma femme est morte.

- Excusez-moi.

- Oh, ne vous excusez pas jeune fille. Elle est morte il y a de cela longtemps. Non, très sincèrement, "coucher" ne me tente pas. En revanche, j'ai conservé d'elle un souvenir émouvant : elle avait de très beaux seins. Une poitrine superbe, des lobes laiteux avec une aréole rose-brun, des bouts fermes...enfin, une poitrine de rêve, quoi ! Tenez, je vais vous faire une confidence ridicule : j'étais amoureux des seins de ma femme ! Peut-être est-ce d'ailleurs en souvenir de cet amour "esthétique" que je ne me suis jamais résolu à la tromper. Pourtant, dans mon métier, ce ne sont pas les occasions qui manquent ! Et puis, je suis riche, courtisé, vaguement célèbre, bref...

Un silence s'établit entre nous que je supputais de bon augure. Je pris l'air rêveur et j'attendis sa question. Peu à peu les chandelles faiblissaient. Une obscurité complice envahissait lentement la pièce. Les notes scintillantes d'un concerto de Mozart s'égrenaient comme un appel.

- Pourquoi m'avez vous dit que je pourrais en profiter ?

Enfin !

Je me tournais lentement vers elle et, prenant le ton de la confidence, je questionnais à mon tour :

- Vous me permettez d'être sincère ? Depuis que vous êtes entrée ici, je ne vous cache pas que je suis troublé. J'ai même pensé que nous pourrions nous revoir très régulièrement. Mais nous revoir pour parler, à quoi bon ? Vous êtes jolie. J'en viendrai fatalement à vous courtiser et vous me trouveriez agaçant. En revanche, si je ne vous demande rien en échange de tous les services que je peux vous rendre (et ils sont nombreux), vous ne viendrez plus me voir. Vous finirez par être gênée de toujours recevoir sans rien donner. La preuve : vous avez immédiatement songé à "coucher".

- Et si je ne couche pas ? m'interrompit-elle presque agressive.

- Mais il ne se passera rien, dis-je, la mine faussement dépitée. Venez, mon chauffeur va vous raccompagner chez vous.

Elle se leva de table, la poitrine oppressée, pitoyable et provocante à la fois :

- Vous voulez que je vous la montre, c'est ça ? Elle faisait déjà mine de soulever son sweat-shirt.

Sans même réfléchir, je répondis :

- Non, pas ce soir. Ça me bouleverserait trop. Revenez demain soir si vous le souhaitez : vous dînerez alors la poitrine nue. Et si vous avez changé d'avis entre temps, vous resterez libre de ne pas venir...

Sur ces belles paroles, je me permis de lui offrir un magnifique manteau à poil ras qui avait appartenu à ma femme et nous prîmes rendez-vous pour le lendemain.

 

Voilà, ma chère Christelle, le premier épisode de la vie tumultueuse de Lucie Ranque. Si vous êtes sage - et toujours obéissante - , je vous en conterais la suite dans une autre lettre.

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2

Christelle Tiare

à

Noël Landorf

 

Cher Noël,

 

Croyez-vous au hasard ? Moi non. Ne vous moquez pas de moi et attendez de connaître mon incroyable histoire avant de répondre. Votre opinion d'homme réfléchi en sera peut-être ébranlée ...

Notre directeur est un véritable acharné du travail, ne comptant ni ses heures, ni ses jours, forçant ainsi l'admiration de tous. Son énergie lui vient d'une gestion rigoureuse de son emploi du temps et surtout, se plaît-il à répéter, d'avoir su se préserver une plage de tranquillité quotidienne. En effet, depuis toujours, Monsieur de Bauprac s'abandonne à sa sacro-sainte sieste de 14 h 30 à 15 h, instants d'absolue quiétude dans une solitude jamais démentie.

Or, ce jour-là, Monsieur de Bauprac m'avait dit : "Vous passerez dans mon bureau à 14 h 30". Mon coeur se mit à battre très fort, mes mains ne pouvaient cesser de trembler. Ainsi, moi aussi, j'allais avoir droit à ma part de ciel bleu. Il m'aimait donc !

A 14 h 30 précise, j'étais là, pétrifiée devant la porte capitonnée. J'entendis son pas résonner dans le long corridor. Sans un mot, il me poussa à l'intérieur de son antre. Avec une force que je ne lui soupçonnais pas, il me hissa sur son immense bureau. Alors il se mit à me manipuler comme un pantin désarticulé, plaçant une de mes jambes par ci, l'autre par là, un bras en l'air et l'autre pendant ... Puis, reculant de quelques pas pour s'offrir une vision panoramique, il hochait la tête avec mécontentement et revenait me tirailler dans tous les sens. Enfin une position relativement confortable pour moi finit par le satisfaire : j'étais assise sur un coin du bureau, les bras en arrière et les jambes repliées, une grande distance entre mes pieds posés à plat me maintenant dans un écartement impudique.

Quoique j'eus la fixité d'un automate, il m'attacha avec des cordes dont le fort serrage lui garantissait ma parfaite immobilité. Cet arrangement fini, il ne soucia pas plus de moi que d'un meuble. Il s'installa dans son fauteuil et alluma un de ces fameux cigares, très long et très cher. Je le devinais (car mon regard était rivé au plafond) tirant profondément et avec délectation sur son Havane. Je dois avouer que, malgré l'inconfort de ma situation, j'étais émue d'être témoin malgré moi de son abandon. Soudain, il avança le bout non enflammé de son cigare et me l'enfonça vigoureusement. Voilà donc à quoi j'étais destinée : "porte-cigare" ! Malgré la vive douleur, je restais impassible, la perspective de le déranger dans son repos me remplissant d'effroi. Alors, machinalement, comme on peut griffonner ou se gratter le menton, il s'amusa à me planter et à m'arracher brutalement ce pieu incandescent. Heureusement, la torpeur finit par l'envahir, m'offrant ainsi un peu de répit.

Était-ce à cause des va-et-vient de son Havane, car pour plaisante la situation ne l'était guère, qui provoquèrent ce réflexe féminin ? Baignant dans un liquide visqueux, je devinais que le cigare était en train de glisser. Je me mis à l'enserrer fermement, parvenant à stopper sa course. Malheureusement, je n'avais pas la robustesse des filles faciles et je dus relâcher mon étreinte. L'engin, lentement, mais inexorablement, poursuivait sa route. Encore une fois je parvins à le retenir mais, vite épuisée, je cédai à nouveau. La bête profitait de mes faiblesses pour s'échapper et il arriva un moment où, si j'avais continué à serrer, je l'aurais en fait expulsée. Mon écartèlement grotesque m'était intolérable ; mes mains et mes cuisses brûlaient de tant d'impuissance. J'étais perdue ! J'avais lutté de toutes mes petites forces, il ne me restait plus qu'à lutter de toute mon âme. C'est alors que le miracle arriva. Le cigare était presque hors de moi quand Monsieur de Bauprac émit un grognement et, à tâtons, s'empara de l'objet. Le plafond me sembla être illuminé d'une singulière lueur ...

Croyez ce que vous voulez, Noël (je connais votre scepticisme) mais je pense qu'un ange divin veillait sur moi ce jour-là.

 

Christelle

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3

Lucie Ranque

à

Christelle Tiare

 

Chère Christelle,

Figure-toi que je viens de tomber sur un curieux coco ! Pire, je crois même que tu le connais ! Mais si : Noël Landorf, ça doit bien te dire quelque chose ? Je crois même que c'est toi, lors de ton dernier anniversaire, qui en avais parlé à propos d'une pièce à la mords-moi le noeud ? Un mec qui sévit dans le théâtre : des pièces pseudo-religieuses, truffées de nonnes qui se demandent toujours si Dieu existe, mais qui le cherchent pas vraiment au bon endroit ! Bon, enfin toujours est-il que je prends rendez-vous avec le Noël, because mon mémoire qui est en panne et que je dois présenter en juin.

Comment te le décrire ? Beau mec. Content d'être beau et d'être mec - et vice versa. Bon, les mecs, ça va ça vient, mais alors l'appart ! Rien que pour vivre dans une ruche pareille, je me damnerais ! D'ailleurs, je me suis damnée. Enfin, presque...Bon, très vite, j'ai compris que je lui avais tapé dans l'oeil et que mon genre miteux l'excitait. Oui, parce qu'en ce moment, côté fringues, c'est pas le Pérou ! Et en plus j'avais la dalle ! Donc, on joue les intellos, on cause théâtre (Bernanos, Claudel et les autres percutés de Jésus) et on passe à table. Le Noël, impec. Grand style, le genre "Vous êtes ici chez vous". Le vieux bellâtre, mais bien. Au cours du repas, tu me connais : je bombe discrètement le torse, manière de lui faire voir que ce n'est pas demain que je m'enrhume. Du coup, il me parle de sa défunte femme, qu'elle avait des seins en or massif et gros comme la montagne Sainte-Victoire et le Fuji-Yama réunis. Le pauvret ! Figure-toi que depuis la mort de Miss Nichon, il a plus tiré sa crampe ! Bon, je me dis : "Cette fois, ma petite Lucie, c'est le moment de cogiter vite et... ferme. D'un côté la dèche, les fins de mois difficiles, l'hiver qui n'en finit pas d'hiverner; de l'autre, ce pigeon idéal, cette côte de boeuf délicieuse, cet appart où comme dit l'autre : "Tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". Bref, un choix rapide s'impose. D'autant que sous ses airs de "Je ne suis pas celui que vous croyez !", je le sens nettement porté sur mes bas morceaux. Et puis merde, si la nature m'a donné un joli cul, de gros seins et une petite tête, c'est bien pour que je m'en serve, non ? Donc, je lui peaufine le jeu de l'étudiante pauvre, mais qu'elle mange pas de ce pain-là. Pas trop, car je le sens prêt à m'envoyer aux pelotes si je résiste longtemps. Et au moment de partir - CAR IL NE S'EST RIEN PASSÉ - il me propose tout à trac de revenir quand je veux et de lui montrer mes seins. Oui, ma chère, un voyeur ! Voir mes seins, mais mon cher Monsieur, qu'à cela ne tienne ! S'il savait le nombre de fois où il m'est arrivé de recevoir l'employé du gaz les miches à l'air ! Tiens, et même pour le plaisir, je lui mettrai ma chatte dans son assiette à dessert ! Rien que d'y penser (à la porcelaine de Limoges, évidemment) je sens déjà qu'elle commence à juter !

Tu te souviens de notre devise ?

"Au plaisir".

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4

Léon Bauprac

à

Noël Landorf

 

Cher Noël,

Je vous trouve bien naïf de croire que cette Lucie (dont vous m'avez parlée l'autre jour) vous obéira au doigt et à l'oeil dès que vous l'aurez domptée. Tout ce je sais de vos escapades avec les femmes ressemble à un jeu casanovien, où l'on se satisfait d'être trois à défaut d'être banalement deux. C'est gentillet, grivois, capable à la rigueur de chatouiller la rombière, mais pour étonner le libertin, il vous faudra trouver mieux ! Vos petits jeux de rôle avec Madame Versois et Julienne Dovre n'amusent que vous; et si vous croyez génial de mettre deux lesbiennes dans votre lit, c'est que vous surévaluez vos talents.. Non, vraiment, si vous espérez que je publie vos nouvelles érotiques, il faudra faire un effort. Tenez, je vous propose un marché : le jour où, en ma présence, vous serez capable de fouetter cette fille, et qu'ensemble - tout à loisir - nous pourrons lui uriner sur les seins, je m'engage à publier tout ce que vous écrirez par la suite. Y compris vos petites historiettes d'enfant de choeur.

Bien à vous

L.B

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5

Christelle Tiare

à

Lucie Ranque

 

Chère Lucie,

   De la porcelaine de Limoges ! Et c'est beau chez lui, dis-tu ? Et ses vêtements : t'a-t-il reçue en cravate, en tenue d'intérieur ? Quel homme raffiné et si intelligent ! Sa pièce m'avait transportée au point que tu te souviennes encore de mon envolée lyrique : « une pièce à la mords-moi le noeud », toi et tes taquineries ! Je ne t'ai jamais dit que je lui avais écrit (Juré, juré je te dis tout !). Je l'ai remercié pour son talent et il a eu la gentillesse de me répondre (rien que du banal , la lettre type, truffée de citations).

Tu dis que c'est un « voyeur » parce qu'il veut voir tes seins ; et Botticelli, c'était un satyre avec sa Venus ? Mais non, Lucie, Noël est un esthète, il veut voir tes seins, comme il veut voir Venise ou les bords de la Loire. Et puis je te connais, tu n'as pas dû trop les lui cacher (je ne suis pas naïve et je sais bien pourquoi tu me rendais parfois mes chemisiers avec un bouton arraché ! Et ce n'était pas de la faute des garçons ...). D'ailleurs il a raison, tu as la plus belle poitrine du monde, tu me l'as assez répété ! Mais ne t'emballe pas trop vite, je crois qu'il est de l'autre bord, tous les écrivains le sont. D'accord, il a été marié, mais ça, c'était pour alimenter les gazettes. Tu dis qu'il est resté fidèle au souvenir de sa femme ? Voilà la preuve ! Aucun homme ne peut tenir plus de quelques semaines, c'est biologique. Ils sont comme tous comme ça, entre les lapins et les porcs (tu te souviens comme on a pu s'amuser quand on a fait notre liste homme-animal-végétal ? Martin était ouistiti-poireau et Patrick, boeuf-topinambour !). Même Noël ne peut pas échapper à la loi de la nature. Je parie que son personnel est exclusivement masculin et n'a pas vingt ans !

Pour ce qui est de Bauprac, mon patron, sûr qu'il est du bon bord ! Si tu savais comme il me courtise ! Des regards langoureux, des petits mots délicats et quand il me passe un dossier, il m'effleure la main, mine de rien (mais je ne suis pas dupe !). Très vieille France, galant et respectueux. J'avoue que je suis assez sensible à sa délicatesse. Mais je n'aurais pas droit à la période d'essai : sa femme ou rien ! Bon, il est riche, beau, galant, cultivé, spirituel, tendre, sportif ... un peu timide. Enfin, je pense que c'est moi qui doit l'intimider, il est si amoureux ! Mais je ne suis pas pressée d'avoir un fil à la patte alors laissons-le prendre son temps ...

Notre devise ? Comment veux-tu que je l'oublie !

 

Bisous, Christelle

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6

Lucie Ranque

à

Christelle Tiare

 

Chère Christelle,

 

Si Noël est pédé, moi je suis la mère Thérésa ! Ou alors, pédé avec les femmes. Vois-tu, ce que j'aime avec toi, côté mec, c'est que tu ondules toujours entre les rails ! Un coup, tu as la grande révélation de ta vie ("Ils sont comme tous comme ça, entre les lapins et les porcs"); de l'autre, tu te joues du violoncelle ("je pense que c'est moi qui doit l'intimider, il est si amoureux !"). Bon, moi je préfère croire que tu as de bonnes raisons pour ne pas me dire la vérité et que, si amour il y a, c'est plutôt toi qui souffres de palpitations cardiaques que ton impassible Bauprac. Oui, figure-toi que justement, en retournant chez Noël il y a deux jours, ton cher patron s'y trouvait. Comment te le décrire ? On dirait un bloc de marbre qui vient d'épouser une glacière. "Vieille France" dis-tu ? Moi je le situerais plutôt du côté de la Sibérie. Ce type me fait peur. Même Noël ne semblait pas très tranquille en sa présence. Et je ne crois pas, comme il me l'a expliqué par la suite, que ce type fasse la pluie et le beau temps en matière d'édition. Et qu'il lui doive beaucoup. Il y a autre chose. Mais quoi ?

Bon, revenons à Noël. Donc, Bauprac se tire après m'avoir fait le baise-main (tu es sûre qu'elle ne se teint pas les cheveux, ton idole ?) et nous y allons de notre petite converse préprandriale, le style : "Il fait froid ce soir. Vous avez vu que Jean Marais est mort ? Clinton n'a pas perdu la confiance des Américains. Le prix du tabac va augmenter". Bref, des conneries. Nous sommes assis dans le salon. Je le sens nerveux, pas vraiment dans son assiette. Donc, je me dis qu'une bonne distraction vaut mieux qu'une réflexion hasardeuse - et je lui montre mes seins. Non, pas d'un coup d'un seul, bien sûr. Lentement. Le déboutonnage savantissime, avec le regard de la garce qui te vrille le désir au fond des glandes. Tu as pas remarqué, dans les films porno, ces dames fellent toujours l'oeil réprobateur fixé sur le mâle. Sous-entendu : "Alors, ça vient, mon Kiki ?" Comme je le dis souvent : "L'essentiel, c'est de dominer son sujet". Une pipe, tête basse, c'est province ! Tu es bonne illico pour le sérail. Donc, je lui fais le coup de l'oeillade dominatrice - et ça marche. Je le sens se ramollir de la moelle épinière et, Ô paradoxe, son pantalon commence à se boursoufler. Dès que le soutif tombe, il est mûr pour le suçotement infantile et les douceurs de Maman. "Suce bien, mon bébé ! Suce, Maman est là..." C'est tout juste si je le berce pas pour qu'il s'endorme ! "Hum, il est bon ce lolo, hein mon Trésor ? Applique-toi bien ! Suce tout ! Tu as vu comme ils sont gros les seins de Maman ? Oh, comme il avait un gros besoin..." Bon, dès que je commence à leur parler, c'est dans la poche. Les mecs, ils ont un cinéma dans la tronche. Si tu grattes, tu trouves toujours l'enfant qui se branle dans les chiottes en pensant aux supers nichons de miss Monde ou aux bas résille de Carmen. Leur faut du son et lumière à ces cons; du son surtout, manière que leur tronche vagisse bien où il faut, dans la douceur maternelle, la réprobation câline, la punition délicieuse. "Allez, maintenant, il va être sage et tout donner à Maman". Je lui ai sorti délicatement sa bite et je lui masse les couilles. "Dépêche-toi, maintenant ! Sinon, Maman ne sera pas contente et tu auras ta punition !". Je lui presse un peu les couilles et ça vient d'un coup. "Oh, la grosse envie qu'il avait mon bébé ! Encore...Encore un peu...". Je lui presse bien la verge pour lui faire donner la dernière goutte. Et...

Et je pense fortement à toi, ma chère Christelle. Comme j'aurais envie de te sucer en ce moment...(Bon, on peut toujours rêver !)

Lucie

Suite...


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